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Ma première année d’école à Rimouski

 De chez nous sur la rue St-Antoine, on pouvait apercevoir notre école qui était située en face de la rivière sur la rue Tessier à environ un quart de mille de distance. C’était une grosse maison blanche avec des lucarnes qui était éloignée de la rue.  Cette école éveille en moi de merveilleux souvenirs de ma première année d’école à Rimouski, le plus bel endroit des petits bonheurs de notre enfance.

 Je me souviens que ma sœur Paula et moi, avions commencé l’école en même temps en septembre 1941. J’avais 6 ans et Paula en avait 7. Maman nous avait fabriqué des sacs d’école en toile de denim bleu. Dans nos sacs, il y avait un cahier, une ardoise  et un petit coffre à crayons. Ce petit coffre en bois était pour moi une vraie merveille. Pour l’ouvrir, on faisait glisser une petite planche  dans des rainures situées de chaque coté du coffre et aussitôt on apercevait des effaces, des crayons à mine, des crayons d’ardoise et un merveilleux petit aiguise crayon. Toutes ces magnifiques choses neuves dégageaient une senteur inoubliable qui se mélangeait à l’odeur de bois neuf du petit coffre. Je peux encore aussi  entendre le bruit que faisait ce petit coffre quand je le refermais. Ce coffre était l’objet le plus précieux de tout ce que j’avais possédé jusque là.

 Le premier matin lorsque nous sommes arrivés à l’école, je fus très impressionné de voir tous ces enfants qui étaient à peu près de notre âge et aussi d’autres qui étaient plus vieux et plus grands que nous. Mais c’était la maîtresse d’école qui m’intimidait le plus car elle représentait l’ordre et l’autorité. Que de merveilleux souvenirs m’a laissés cette première journée de classe où tout sentait le neuf comme ce beau livre de lecture de première année tout illustré de belles images en couleur. Dans ce beau livre, il y avait aussi de belles chansons comme : « Au clair de la lune », « Il était un petit navire », « Frère Jacques », Sur la route de Berthier », « Partons la mer est belle ». Toutes ces belles chansons éveillent toujours en moi la douce nostalgie du temps de l’école de notre enfance.

 Ce temps de l’école était le plus beau de notre enfance car nous apprenions à jouer, à partager, à se tirailler, à se chicaner mais aussi à se pardonner. Nous apprenions aussi à prier, à rire, à chanter et aussi à pleurer des fois pour des blessures du corps ou de l’âme. L’école nous donnait aussi de précieuses leçons de vie. Dans ce temps là, on allait à pied à l’école, cela nous donnait le temps d’admirer les beautés de la nature qui changeaient avec les saisons, d’écouter les bruits de la rue et le chant des oiseaux et de ressentir tous ces merveilleux petits bonheurs que ne peuvent goûter les enfants d’aujourd’hui parce qu’ils vont à l’école en autobus. Nous apprécions même les tempêtes de neige car nous prenions la neige, le vent et le froid comme compagnons de jeux. Comme lorsque nous glissions sur de gros bancs de neige ou lorsque nous nous faisions des bonhommes de neige ou nous nous construisions des forts pour nous livrer des guerres amicales à coups de balles de neige.

 Je me souviens qu’après l’école en retournant chez nous qu’il y avait un petit ami fidèle qui me suivait tous les soirs. C’était un petit chien brun que j’appelais Pitou. Je me souviens encore que pendant la dernière semaine avant notre déménagement à St-Marcellin, on aurait dit qu’il sentait cela car il avait l’air triste. Le jeudi qui fut ma dernière journée d’école à Rimouski, lorsque je suis retourné à la maison je ne l’ai pas vu. J’ai crié son nom plusieurs fois mais il n’est pas venu. Ça m’a fait beaucoup de peine car si je l’avais vu je l’aurais amené avec moi à St-Marcellin.

Extrait du livre: "Mes souvenirs de Rimouski et de St-Marcellin" de Jean-Louis Labbé