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Ma première messe de minuit en 1942

 En cette veille de Noël de 1942, papa n’était pas avec nous car nous étions pauvres et il devait passer les fêtes au loin à travailler dans les chantiers. J’avais sept ans et je m’en souviens encore comme si c’était hier. Nous demeurions sur la rue St-Antoine et il fallait emprunter un petit sentier qui passait dans les bois pour se rendre à l’église de la paroisse de St-Robert. C’était dans les débuts de la paroisse et il n’y avait pas encore beaucoup de maisons. C’est pour cela qu’à partir de la rue Tessier jusqu’à l’église, beaucoup de terrains que le sentier traversait, étaient encore boisés.

 Ce soir là du 24 décembre, je m’étais couché tôt et maman est venue me réveiller vers onze heures. Me lever en pleine nuit et partir dans la noirceur sous une neige qui tombait doucement pour se rendre à l’église, furent pour moi comme un beau rêve féerique et merveilleux. Mais c’était surtout de passer dans ce petit sentier dans le bois et voir les lumières de l’église au loin, qui bouleversaient d’émotions mon âme d’enfant de sept ans. Il avait aussi beaucoup de gens qui allaient aussi à la messe de minuit et qui nous accompagnaient sur le sentier. Arrivé à l’église je fus émerveillé par la vue de l’autel tout illuminé et par la belle crèche de Noël, tout était si beau et merveilleux. La messe de minuit commença et la chorale se mit à chanter de beaux chants de Noël. C’était la première fois que j’en entendais et c’était si beau que je fus pris d’une émotion intense, mais ce fut le chant : «O nuit de paix » qui m’a  le plus ému. C’est peut-être pour cela que c’est le chant de Noël que j’ai toujours le plus aimé. C’est aussi durant cette messe de minuit que je fis ma première communion.

 Quand la messe de minuit fut terminée, nous sommes sortis de l’église et la neige tombait encore tout doucement. Nous avons pris le même petit sentier pour retourner à la maison. Mon cœur débordait de bonheur et ma tête était remplie de merveilleux souvenirs tous nouveaux pour moi et qui sont pour toujours demeurés gravés dans ma mémoire. Je me souviens aussi que le lendemain matin, Paula et moi avions eu de très beau cadeaux, des cahiers à colorier et des crayons de cire de plusieurs couleurs et qui sentaient bons.

 Ces beaux souvenirs de ma première messe de minuit et ce beau jour de Noël en 1942,  me reviennent à la mémoire à tous les autres Noël depuis ce temps et parmi ces 57 Noël, ça demeure toujours le plus beau que j’aie vécu.

Extrait du livre: "Mes souvenirs de Rimouski et de St-Marcellin" de Jean-Louis Labbé