Réflexions

Un petit voyage dans la mémoire de mes parents et grands-parents, de mes frères et soeurs, de ma famille, et de tous ceux avec qui je partage mes plus beaux souvenirs, ceux de mon enfance, surtout ces beaux Noëls d’autrefois, parce qu’ils avaient une âme.

On ne reconnaît vraiment l’immense valeur de nos souvenirs que lorsqu’on les partage avec les autres. Le plus bel héritage que l’on puisse laisser à ceux qu’on aime, c’est notre histoire. Écrire ses mémoires, c’est un voyage parfois rempli de nostalgie, parfois drôle ou tendre, mais toujours plein d’émotions ; celles qui font revivre le passé et qui permettent de le partager avec ses proches. Mes souvenirs seront ainsi fixés dans le temps.

Nous laisserons derrière nous un souvenir précieux à ceux qui nous sont chers, leur offrant ainsi l’opportunité de mieux connaître les plus belles choses du passé, leurs ancêtres et l’époque dans laquelle ils ont vécu.

L’enfance, dans toute une vie, demeurera toujours la plus sacrée des richesses. C’est elle qui marque en effet toute notre existence. On devient grand ce qu’on a été plus petit car la personnalité, la profession, la carrière, la philosophie, la responsabilité, la probité, le savoir-vivre et le savoir-aimer d’un individu s’abreuvent à la source même de l’enfance qui fut la sienne.

À partir du jour de l’arrivée de notre premier appareil de radio, en décembre 1945, la musique s’empara de toute notre famille. L’enfance et la jeunesse sont de biens beaux moments de la vie. Enfant, on n’a pas assez de sensibilité ni de connaissances des choses ; rien n’est très profond. Dans l’âge mur, on ne plait plus autant… Mais entre 20 et 30 ans, que de sève, quelle plénitude. On est si vite aimé et on aime si vite.

Il convient maintenant que je me taise pour mieux chanter ces pages de souvenirs qui rappellent la saveur du pain de ménage, le bruit clair de notre ruisseau qui coule librement sur les cailloux de son lit après le dégel, l’odeur aigre de la terre et de l’herbe que réchauffe le soleil, les cris des oiseaux et la joie sensuelle du soleil de printemps, les couleurs de lumière des arbres à l’automne, les majestueux clairs de lune à la campagne, les premiers brins de neige qui blanchissent lentement les champs, la musique chargée d’émotion de notre enfance, les merveilleux sentiments quand on entend ces mots « T’en souviens-tu ? », les parties de hockey dans l’air pur sur les lacs, notre petit étang dans la belle année 1950 où on découvrait tout le merveilleux avec nos âmes d’adolescents. Temps merveilleux ; temps immortels.

C’est presque impossible d’oublier ce qui a été merveilleux. Je ne sais pas pourquoi, mais on n’oublie jamais la maison familiale de notre enfance. Pour moi, c’est celle de St-Marcellin où on a habité d’avril 43 à octobre 53, dix années dans cette vieille maison que j’aime toujours revoir même si elle est maintenant un peu délabrée. Une maison familiale a une âme. Elle a une odeur aussi ; celle du cipaille, des cretons, du pain de ménage de maman, de ses délicieuses binnes, du sucre à la crème qui a mijoté sur le poêle, le bon « chiard » pour le souper, les confitures de framboises et le bois de chauffage dans la boîte à bois. Douces odeurs nostalgiques de notre enfance.

Chaque fois que j’y songe, je repense à tous ces souvenirs qui s’infiltrent dans mon coeur et j’entends une voix lointaine, celle de la nostalgie. Il y a des endroits que la mémoire entretient comme s’il s’agissait de précieux trésors. Tout le monde a de ces souvenirs que même le temps ne parviendra pas à effacer ; il est impossible d’oublier ce qui a été merveilleux.

Quand on devient vieux, on revient à l’enfance par ces beaux souvenirs qui viennent nous darder le coeur. On reste parmi eux. On vit avec eux.